A New Corset Style In 1896

26 Dec 2018

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From the 22 August 1896 issue La Mode Pratique

La Mode

LES CORSETS

Depuis longtemps déjà on accuse le corset de causer tous nos maux. Les quelques médecins qui ont entrepris de nous le faire abandonner prennent leur mission tout à fait au sérieux et ne se lassent point, malgré le peu de succès de leurs efforts, d’énumérer ses méfaits ; pour ne négliger aucun moyen de conviction, ils s’adressent même à notre coquetterie, vantent les proportions des statues antiques, parlent avec une mine dédaigneuse des déformations que nous avons infligées à ce type de la Beauté : tout cela nous laisse insensibles, notre amour-propre n’en est pas atteint, et nous n’envions nullement la beauté grecque quand nous avons ce que l’on appelle en cette fin de siècle une jolie taille.

Terme vague dont la signification change plusieurs fois en vingt ans. Avez-vous remarqué qu’il y a une mode pour la taille comme pour les robes ou les chapeaux?

Parfois un certain embonpoint est en faveur : presque toutes les femmes sont alors plantureuses ; il faut être douée d’une maigreur bien invétérée pour n’en point triompher, à force de volonté, je suppose. Mais, chose plus étonnante encore, quand, à d’autres moments, c’est la sveltesse qui triomphe, comme à présent par exemple, les femmes qui se piquent d’élégance n’ont plus ni gorge ni hanches, ou du moins elles savent paraître aussi minces, aussi élancées que les figures des peintres primitifs.

Il serait bien difficile pour une même personne d’arriver à des effets aussi divers sans le secours du corset ; mais ne croyez pas que la mode actuelle le rende plus funeste qu’au temps où l’embonpoint était en faveur: c’est la sveltesse générale, et non la minceur de la taille, que l’on admire maintenant, et précisément on se serre plutôt moins, pour ne pas donner au buste les courbes trop accentuées et trop brusques qu’on n’apprécie plus; comme on a reconnu aussi que la souplesse est un des plus grands charmes de la taille, on a renoncé à baleiner exagérément les corsets, à les barder de ces ressorts en fer qui les rendaient lourds, incommodes et disgracieux. Les corsets nouveaux sont complètement droits devant, ils ne cambrent pas la taille au- dessous de la poitrine, mais seulement sur les côtés et dans le dos. Ceci est un grand progrès; les corsets cambrés devant s’appuyaient sur l’estomac, qu’ils comprimaient, et produisaient forcément une bosse horrible au-dessous de ce creux, fig. 11 ; au contraire un corset cambré derrière s’appuie sur les reins et sur les hanches, le buse en est souple, mais droit, assez résistant pour faire redresser les personnes qui auraient une tendance à se tenir courbées en avant; comme il ne dessine point de cambrure à l’endroit de l’estomac, il ne produit point au-dessous de la taille la disgracieuse saillie dont nous parlions tout à l’heure, fig. 14; il doit même « l’abattre » au besoin, pour employer le terme des corsetières, si ce défaut existait naturellement. Enfin un dernier caractère de la taille à la mode, — résultant précisément de ce que les corsets nouveaux « effacent » le ventre, — c’est d’être sensiblement plus longue devant que dans le dos. On peut accentuer plus ou moins ce caractère, chacune à son gré : la silhouette du buste vu de profil étant absolument droite devant, on place la taille où on veut; il ne faut point la descendre trop bas quand on a les jambes relativement courtes, on peut au contraire exagérer un peu la direction de ceinture qu’indique la fig. 14 quand les hanches sont hautes et le buste plutôt court. Quant à la forme des corsets, elle est infiniment variée et multiple, elle est à chacune ce qu’il faut pour nous faire ressembler toutes au type idéal que nous propose la mode : ainsi les femmes très sveltes portent, seulement pour soutenir les cordons de jupons et ajuster la ceinture qui dessine leur taille, de tout petits corsets également courts d’en haut et d’en bas, très échancrés sur les hanches, à peine baleinés; les personnes qui ont les hanches plus développées qu’il n’est séant maintenant, ont au contraire des corsets très longs, enveloppant complètement le bas du torse, avec quatre jarretelles, fixées les unes sur les hanches, les deux autres au bas de chaque buse devant; a-t-on peu de hanches et la gorge développée, le corset court dans le bas sera montant du haut. Mais il y a la coupe proprement dite, le biais et la place des coutures qui permettent de modifier à l’infini la forme de corsets semblables comme longueur. Les corsetières vraiment artistes font pour chacune de leurs clientes de légères modifications à leurs modèles, elles savent par des riens, en déplaçant une couture de quelques millimètres, en modifiant à peine sa direction, trouver exactement ce qu’il faut pour mettre en valeur toutes les qualités d’une taille, atténuer ses imperfections, lui donner une grâce particulière et personnelle.

Comment s’étonner après cela que les hygiénistes prêchent dans le désert; ils continuent de penser que le corset est un appareil de torture et de déformation, ils le disent, l’écrivent, le crient…. à qui ne veut pas l’entendre. De notre côté, nous continuons à porter des corsets, et comme nous savons pertinemment qu’ils ne nous torturent point, nous sommes inclinées à penser qu’ils ne nousdéformentpas tant qu’on le prétend, et ne nous rendent pas si malades qu’on les en accuse. Tout en doutant qu’un corset bien fait soit malfaisant, on peut penser qu’il est inutile pour une personne mince et bien

faite. Ce n’est qu’à moitié exact, étant données les modes actuelles, car on n’est presque jamais également bien habillée avec ou sans corset. Les femmes le savent bien, aussi une femme-docteur a-t-elle essayé de mettre notre coquetterie d’accord avec la Faculté en inventant un corset tout à fait différent comme principe de celui qu’on a fait jusqu’à présent, qui conserve les qualités que nous exigeons sans avoir les défauts que lui reprochent certains médecins. Ce corset, dont nous donnons le dessin fîg. 7, enveloppe tout le bas du torse et ne monte que jusqu’à sept ou huit centimètres au dessus de la taille, il a été récemment présenté . à l’Académie de médecine, qui l’a approuvé ; entre autres qualités il a celle-ci, qu’il ne permet pas de se serrer, car il doit être assez grand pour que les deux côtés se touchent derrière quand il est normalement lacé. On a la faculté de se desserrer si l’on est souffrante ou si l’on engraisse, mais voilà tout.

Je suis toute prête à croire que ce nouveau corset est beaucoup plus hygiénique qu’un corset ordinaire, puisque les gens les plus compétents l’affirment; je conçois même sans peine qu’il soit très commode pour les personnes qui chantent parce qu’il permet de respirer largement, profondément — comme on ne respire pas dans la vie ordinaire. — Mais il ne résout pas le problème pour les personnes qui ne peuvent supporter un corset ordinaire très souple et très bien fait, car on le sent aussi peu, mais autant que ceux-là. Ce qui donne encore le mieux l’illusion de l’absence de corset, c’est le petit corset en tissu élastique dont nous donnons le modèle fig. 18 — il est très court, à peine baleiné, mais ce qui le rend, je crois, si supportable même pour les personnes les plus sensibles, c’est l’élasticité du tissu dont il est fait, qui prête à tous les mouvements, s’élargit à chaque respiration, mais reprend sa forme. La ceinture qui l’accompagne et le complète est destinée aux femmes qui ont les hanches un peu trop fortes, elle se fait en même tissu et l’on obtient, paraît-il, des résultats d’amincissement surprenants en portant des ceintures ainsi faites, doublées d’un caoutchouc spécial.

Nous compléterons ces renseignements la semaine prochaine en indiquant les couleurs, les tissus et les garnitures les plus en faveur pour les corsets.

C. de Broutelles.

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